Siegfried Kracauer, phénoménologue de la crise moderne

/ Olivier Agard
L’Ornement de la masse — recueil paru en 1963, mais composé de textes remontant aux années 1920 et 1930 — constitue sans aucun doute la meilleure introduction à l’oeuvre de Siegfried Kracauer (1889-1966), une oeuvre inclassable dont il est – à première vue – difficile de saisir la cohérence. A la fois journaliste et romancier, essayiste et sociologue, critique de cinéma et théoricien du septième art, Kracauer est en effet un passeur entre littérature et sciences sociales, un penseur transversal qui ne (…)

L’Ornement de la masse— recueil paru en 1963, mais composé de textes remontant aux années 1920 et 1930 — constitue sans aucun doute la meilleure introduction à l’oeuvre de Siegfried Kracauer (1889-1966), une oeuvre inclassable dont il est – à première vue – difficile de saisir la cohérence. A la fois journaliste et romancier, essayiste et sociologue, critique de cinéma et théoricien du septième art, Kracauer est en effet un passeur entre littérature et sciences sociales, un penseur transversal qui ne soucie pas de la division académique du travail.

À cela s’ajoute que les convulsions historiques du XXe siècle ont eu un impact certain sur son travail, dont elles ont brisé la continuité, sur le fond comme sur la forme : dès mars 1933, il est en tant qu’intellectuel juif classé à gauche (en particulier à cause de sa brillante étude sur les employés parue en 1929-1930 [1]). contraint à l’exil, et, alors qu’il est installé à Paris, il est licencié de la Frankfurter Zeitungà la fin du mois d’août 1933. Il perd alors ce qui constitue le medium privilégié de sa pensée, la « petite forme » qui s’épanouit traditionnellement dans le « feuilleton » (les pages culturelles) de la presse des pays germaniques. Kracauer ne retrouvera plus jamais ce medium où il excellait, ni d’ailleurs l’emploi – relativement stable- de journaliste qui constituait sa base d’existence.

À Paris, il ne parvient pas à se faire une place dans le paysage littéraire français (bien qu’il soit en contact avec des figures comme André Malraux, Gabriel Marcel ou Daniel Halévy), et sa situation matérielle est difficile. Entre septembre et novembre 1939, il connaît les « centre de rassemblements » dans lesquels sont alors emprisonnés les Allemands présents sur le sol français. Libéré, il parvient de justesse à gagner Marseille. Il passe en Espagne et arrive à New York – via Lisbonne — en avril 1941. Il résidera à New York jusqu’à sa mort en 1966, et ne reviendra en Allemagne qu’à quelques reprises.

Parce qu’il est en marge des disciplines instituées, il a du mal à s’insérer dans une structure universitaire (il fait cependant un bref passage par le Bureau of Applied Social Research de Paul Lazarsfeld à l’université de Columbia). C’est comme conseiller pour des fondations américaines qu’il gagne sa vie. Cependant, la période post-weimarienne de Kracauer n’a pas été infructueuse, puisqu’il rédige après 1933 plusieurs ouvrages : une biographie de Jacques Offenbach [2], une « histoire psychologi-que » du cinéma allemand, qui reste son oeuvre la plus connue [3], une théorie du film [4], et, enfin, une méditation (posthume) sur l’histoire et sur le métier d’historien [5]. À cela s’ajoute le roman Georg, achevé au début de l’exil parisien [6]. Mais même s’ils entre-tiennent des liens intimes (et peut-être sous-estimés) avec ses « feuilletons » des années 1920, ces ouvrages relèvent d’une autre forme et donc aussi d’un autre style de pensée, que les textes qui sont présentés dans l’Ornement de la masse. Le choix d’écrire en langue anglaise – à partir de De Caligari à Hitler— constitue un autre élément de rupture : les textes des années 1920 se caractérisaient en effet par une qualité littéraire et un travail stylistique difficiles à retrouver dans une langue avec laquelle Kracauer a un tout autre rapport. Enfin, il est évident que le Kracauer d’après 1933 est moins engagé dans les débats sociaux et politiques que l’éditorialiste de la Frankfurter Zeitung en dépit de certains éléments de continuité.

L’Ornement de la massereprésentait un enjeu important pour Kracauer, car ses feuilletons des années 1920 n’étaient plus accessibles au public allemand depuis longtemps. Dans l’Allemagne des années 1950, celle de la Guerre froide, Kracauer avait eu du mal à faire publier cette partie de son oeuvre. Même un livre comme De Caligari à Hitler n’était pas vraiment le bienvenu, dans la mesure où il postulait que le nazisme avait une préhistoire, et qu’une certaine mentalité (en particulier des classes moyennes) lui avait préparé le terrain. L’ouvrage était certes paru en Allemagne en 1959, mais dans une forme abrégée et systématiquement expurgée. L’étude sur Les Employésavait eu droit – la même année- à un traitement plus favorable en apparence, mais le propos de Kracauer se voyait neutralisé et dénaturé par une présentation qui gommait la singularité de la démarche phénoménologique et critique de l’auteur, et faisait de cet ouvrage un exemple précoce d’enquête d’opinion quantitative [7].

Le contexte des années 1960, marqué par la fin du système Adenauer et la montée de la contestation, créait un climat plus favorable à la réception des feuilletons criti-ques des années de la République de Weimar. Les étudiants et une partie du public allemands pensaient alors trouver dans le néomarxisme des années 1930 les outils intellectuels pour penser les crises et les luttes contemporaines. Tous les acteurs de cette nébuleuse n’étaient pas nécessairement ravis de devenir – à leur corps défendant – les maîtres à penser de la révolte étudiante, comme le montre l’exemple d’Adorno et Horkheimer, qui s’efforcèrent d’empêcher la diffusion de leurs textes radicaux des années 1930 et 40. Kracauer a sans doute bénéficié de tout ce contexte, et le prestige intellectuel de son ami Adorno (auquel est dédié le recueil), le rôle de celui-ci auprès de l’éditeur Suhrkamp a certainement facilité la publication de l’Ornement de la masse (qui sera suivi l’année suivante de celle d’un autre recueil : Rues de Berlin et d’ailleurs [8]).

En même temps, ce voisinage a créé les conditions d’un malentendu : Kracauer a pu apparaître comme un vague épigone de ce que l’on appelait depuis les années 1950 l’ « École de Francfort ». Si Kracauer entretient des rapports à cette tradition, qui trouve ses origines dans l’Allemagne des années 1920, il n’a jamais été rattaché à l’Institut de recherches sociales de Max Horkheimer, et ses relations avec ses animateurs principaux ont été globalement plutôt conflictuelles, en particulier au moment de son exil parisien. Kracauer ne se laisse donc pas réduire à cette simple affiliation. Pour saisir les enjeux de ces controverses, il convient de revenir sur l’itinéraire in-tellectuel de Kracauer, qui l’a mis au contact de courants de pensée très divers.

Quelques repères

Né en 1889 à Francfort-sur-le-Main dans une famille juive modeste, Kracauer, mal-gré son intérêt très vif pour les problèmes sociologiques et philosophiques, est contraint de se tourner vers le métier – alimentaire à ses yeux – d’architecte. Il est ce-pendant en contact avec Georg Simmel, dont il avait fait la connaissance à Berlin en 1907, ainsi qu’avec le phénoménologue Max Scheler. Ses écrits de jeunesse, publiés depuis peu [9], témoignent d’une fréquentation assidue de la Philosophie de l’argent de Simmel, ainsi que de l’ouvrage de Scheler sur Le Formalisme en éthique et l’éthique matériale des valeurs [10].

Le thème central de ces travaux de jeunesse est la critique de la civilisation moderne à l’heure du désenchantement du monde. Kracauer décline longuement les pathologies de cette modernité : anonymat des grandes villes, victoire du quantitatif sur le qualitatif, fragmentation de la personnalité, relativisme, impossibilité de fonder un savoir absolu. Là où Simmel introduisait une certaine ambivalence (la dynamique dépersonnalisante de l’argent a aussi chez lui un aspect émancipateur), le jeune Kracauer vit le déracinement moderne comme une condition désespérante. Dans un long essai sur Simmel, dont seul le premier chapitre – repris dans l’Ornement de la masse, fut publié, il dresse le portrait de Simmel en « philosophe de la civilisation occidentale européenne à l’apogée de sa maturité » [11]

Au début des années 1920, cette critique de la modernité semble s’enrichir d’une dimension crypto-religieuse : le monde apparaît comme délaissé par un sens transcendant, et il faut donc se mettre dans une situation d’attente, qui ne sombre ni dans un scepticisme de principe (que Kracauer attribue à Max Weber), ni toutefois dans un retour trop précipité et donc artificiel dans la sphère religieuse. C’est aussi l’époque où Kracauer est en contact avec le Jüdisches Lehrhausde Martin Buber et Franz Rosenzweig, où il s’intéresse au dialogisme de Buber, à l’existentialisme de Kierkegaard. Comme le raconte Adorno au début de son essai anti-Heidegger Jargon de l’authenticité, qui évoque Kracauer sans le nommer, il est à deux doigts de devenir un « authentique » [12], expression qui désigne – sous sa plume comme sous celle d’Adorno – les cercles intellectuels qui partant d’une critique fondamentale la rationalité moderne et en une sorte d’existentialisme plus ou moins religieux, cherchent le salut dans l’authenticité (Eigentlichkeit) de l’existence.

En 1921, Kracauer devient membre de la rédaction de la Frankfurter Zeitung. Ce journal est alors une institution : fondé en 1856, c’était un quotidien de référence, politiquement proche du DDP (Deutsche demokratische Partei/Parti Démocratique allemand), un parti bourgeois modéré, qui se situe alors au centre-gauche, dans la mesure où il prend position pour la République. Par la suite, à la fin des années 1920, le journal traverse une crise financière qui semble avoir conduit sa direction à accepter le soutien occulte d’IG-Farben, ce qui n’est pas resté sans conséquence sur la ligne politique du journal. Quoi qu’il en soit, Kracauer devient au fil des ans un des principaux animateurs du « feuilleton » de ce journal, ainsi que son principal critique cinématographique. À partir de mars 1930, il dirige l’antenne berlinoise de la rédaction du feuilleton. Toute une partie de l’Ornement de la masse est consacrée au cinéma, qui représen-tait en effet un aspect important de l’activité de Kracauer. Toutefois, il détestait être considéré comme un spécialiste de cinéma, et les textes sélectionnés par lui montrent bien qu’à travers le cinéma, c’est aussi autre chose qui était visé : la compréhension d’un contexte culturel et sociologique.

Car sa situation de journaliste met Kracauer en contact avec les formes culturelles modernes, ce qui n’est pas sans incidence sur son évolution. Tout en considérant que le monde moderne, celui de la grande ville, est sans toit transcendantal et coupé de la vérité, il considère qu’il constitue désormais un horizon indépassable, et qu’il importe désormais d’explorer cet environnement. C’est ce à quoi Kracauer se consacre dans les pages du feuilleton du Frankfurter Zeitung. L’article « Ennui » [Langeweile] inaugure une longue série de textes qui composent une sorte de physiognomonie de la métropole moderne. Parallèlement, Kracauer commence à mener la guerre à tous ceux qui pensent détenir le sens perdu, où avoir trouvé une voie d’accès directe à celui-ci. Il s’en prend par exemple avec une certaine férocité à l’anthroposophie de Rudolf Steiner. Au fond, il est selon Kracauer plus pertinent de lire des romans policiers que de prétendre aujourd’hui reprendre contact avec l’impulsion initiale de textes sacrés devenus inintelligibles. Il est plus approprié de fréquenter les halls d’hôtel que les églises.

Dans ces conditions, on comprend qu’un texte au « hall d’hôtel » n’ait pas plu aux « authentiques » auxquels Kracauer l’avait fait lire [13]. La distance avec les cercles néo-religieux s’accroît lorsque la perspective de Kracauer devient clairement plus profane, un tournant dont témoigne sa critique de la traduction de la Bible par Buber et Rosenzweig. Ce texte brillant et polémique, qui s’interroge – à tort ou à raison – sur les implications politiques objectives de l’entreprise de Buber et Rosenzweig, témoigne de l’évolution de Kracauer vers une forme de critique sociale. En effet, au milieu des années 1920, Kracauer se lance dans la lecture de Marx (essentiellement le Marx d’avant Le Capital). Une autre lecture importante pour Kracauer est le chapitre que consacre G. Lukács au « fétichisme de la marchandise » dans Histoire et conscience de classe. La critique du monde moderne réifié et irréel devient plus matérielle. L’aliénation n’apparaît plus simplement comme un problème existentiel, mais comme un problème politique et social. L’approche de Kracauer se fait plus sociologique, et ouvre une perspective émancipatrice, qui est coeur du grand article programmatique de 1927, « L’Ornement de la masse », qui a donné son titre au recueil.

Cette brève présentation de l’itinéraire de Kracauer montre que le choix des textes qui composent l’Ornement de la masse ne doit rien au hasard : ils rendent clairement compte de chaque étape de cette démarche. Ils permettent par là même de saisir la singularité de la méthode de Kracauer.

Une herméneutique de la surface

Le texte de 1919-1920 sur Simmel, dont Kracauer parvient à placer le premier chapitre dans la prestigieuse revue Logoslivre un certain nombre de clés pour comprendre la démarche de Kracauer. Simmel est pour lui le penseur qui va au bout du déracinement et du relativisme qui caractérise la modernité. Ayant fait son deuil de tout concept essentiel qui engloberait la réalité dans sa totalité, il parcourt le monde des objets en « étranger », et construit un réseau d’analogie entre les choses : il n’y a plus de substance, tout n’est que relation. Le problème – pour Kracauer, qui reste animé par la nostalgie d’un savoir absolu, théologique, est que ces pérégrinations constituent une régression à l’infini qui n’aboutit jamais à un principe premier.

Le problème du relativisme est alors en Allemagne une préoccupation majeure, dont témoigne la discussion à laquelle donne lieu le discours de Max Weber sur la « Science, profession et vocation » [« Wissenschaft als Beruf »]. C’est l’époque de ce qu’on appelle, dans le sillage d’Ernst Troeltsch, la « crise de l’historisme », c’est-à-dire la crise d’une attitude intellectuelle dominante en Allemagne, et qui s’efforçait – en particulier dans le champ des sciences humaines – de combiner tant bien que mal une perspective normative plus ou moins assumée et une conscience aiguë du caractère historique des faits culturels. Dans le contexte de crise politique et culturelle de l’immédiat après-guerre, dont un symptôme est le succès de Spengler, ce compromis éclate, et le sentiment d’une grave crise normative se répand. Le néo-kantisme, qui avait dominé la philosophie universitaire, se voit marginalisé. Kracauer considère que les solutions que proposent Troeltsch et Weber à ce problème de la « crise de la science » — c’est-à-dire la « synthèse culturelle » pour l’un, et « l’idéaltype » pour l’autre, ne sont pas convaincantes.

La phénoménologie semble constituer aux yeux de beaucoup à l’époque une porte de sortie, mais dans un ouvrage de 1922 intitulé La Sociologie comme science [14] , Kracauer, feignant dans un premier temps d’élaborer une sociologie phénoménologique, en arrive à la conclusion qu’il est impossible d’étendre la phénoménologie à l’étude des faits sociaux et historiques singuliers, qui relèvent d’un domaine par définition contingent et hétérogène. Comme le montre l’article « catholicisme et relativisme », la phénoménologie schélérienne de la religion n’offre ainsi à ses yeux pas de solution à la question du relativisme. La sociologie phénoménologique n’a de sens pour Kracauer que si elle reste à un certain niveau de généralité, si elle prend la forme d’une sorte de morphologie sociale (cf. le texte « Le groupe, porteur de l’idée »).

C’est dans ce contexte que Kracauer se tourne vers une forme d’essayisme, qu’on a pu caractériser comme une « phénoménologie de la surface [15] ». Selon Kracauer, on ne peut en effet plus éviter de prendre pour point de départ la réalité morcelée et chaotique du monde moderne, celle de la grande ville. Pour éviter le piège simmélien de la digression à l’infini, il convient de considérer ce paysage urbain dans une perspective mélancolique, comme le reflet négatif d’un absolu qui a été perdu. Les formes cultu-relles modernes doivent être lues comme les indices d’un manque vers lequel elles font signe.

C’est cette stratégie paradoxale que Kracauer met en oeuvre dans un livre rédigé autour de 1925, mais qui ne paraîtra que beaucoup plus tard : le Roman policier [16] (d’où est tiré le texte sur le « hall d’hôtel »). Kracauer y part du principe que la civilisation moderne — dont le roman policier (Kracauer pense ici principalement au roman de détection, au whodunit, qui vit alors son âge d’or) est une expression emblématique — est dans ses moindres détails paradoxalement reliée à la sphère du sens : elle en est comme le reflet inversé. Il s’agit pour Kracauer d’explorer l’environnement décrit dans les romans policiers, en retournant en quelque sorte le regard minutieux du détective contre lui-même. Adepte de ce que Carlo Ginzburg appelle le « paradigme indiciaire [17] », Kracauer retrouve ici à bien des égards la micrologie simmélienne, mais la réoriente dans un sens critique. On peut évidemment mettre en rapport cette méthode, qui s’inscrit aussi dans toute une tradition philologique, avec la démarche de Walter Benjamin.

Par la suite, comme on l’a suggéré, la perspective devient plus immanente. Le point de référence, à l’aune duquel la réalité moderne est considérée, n’est plus situé dans un passé révolu ou dans un ailleurs, c’est la vision émancipatrice d’un ordre conforme à la raison, évoqué à la fin de « L’Ornement de la masse ». C’est également l’époque ou Kracauer caractérise sa méthode comme une « construction dans le matériau ». Il s’agit de satisfaire à une double exigence : traverser la réalité tout en la critiquant. Cela continue d’impliquer pour Kracauer une attention particulière à la surface, aux détails, aux petits faits, aux signaux imperceptibles. Cette méthode passait également par une écriture, la « petite forme » du feuilleton, qui était traditionnellement un lieu de confrontation avec les nouvelles formes culturelles. L’écriture mise en oeuvre dans le feuilleton était pour cette raison décriée comme culturellement inférieure. Kracauer est pour sa part convaincu qu’elle est un enjeu décisif. Dans le nouveau contexte sociolo-gique des années 1920 (massification, développement des industries culturelles), il devient crucial d’inventer de nouvelles formes d’écriture à la croisée du journalisme et de la littérature, et se frotter aux nouvelles formes urbaines. Avec Benno Reifenberg, Kracauer essaie de réorienter le feuilleton de la prestigieuse Frankfurter Zeitung dans ce sens.

La meilleure illustration de ce journalisme critique est — outre les textes de l’Ornement de la masse— sans conteste l’étude sur les Employés. Ce travail résulte d’une enquête de terrain minutieuse, d’une collecte de matériaux, dont les brouillons de l’ouvrage permettent de se faire une idée. Kracauer s’est en effet livré à une vérita-ble enquête ethnographique. Dans sa critique de ce texte, Walter Benjamin dresse le portrait de Kracauer en « chiffonnier » : « Et si nous voulons le voir tel qu’en lui-même, dans la solitude de son travail et de son oeuvre, le voici : un chiffonnier dans l’aube blafarde, ramassant avec son bâton des lambeaux de discours et des bribes de parole, qu’il jette dans sa charrette, en grommelant, tenace, un peu ivre, non sans lais-ser, de temps à autre, flotter ironiquement au vent du matin quelques – uns de ces cali-cots défraîchis : « humanité », « intériorité », « profondeur ». Un chiffonnier à l’aube – dans l’aurore du jour de la révolution [18] »

Kracauer se reconnaissait dans cette image du chiffonnier, qui remonte à Baudelaire et au XIXe siècle français. Ce personnage, qui avait fait l’objet d’une littérature abondante vers le milieu du siècle précédent, et que Lautréamont caractérisait déjà par son « regard perçant [19] » était perçu comme un être à part, une figure pittoresque et nomade, solidaire des malheureux, qui jetait sur la société un regard tout à tour sceptique et accusateur, parce qu’il en voyait la face cachée.

L’attention à la fois micrologique et critique au matériau, aux « lambeaux » de la réalité, est sans doute un point qui le rapproche Kracauer de Benjamin, en particulier le Benjamin des « Passages parisiens », et il y a certains parallèles entre son livre de 1937 sur Jacques Offenbach et le projet de Benjamin. Comme on peut le voir dans l’Ornement de la masse, Kracauer est lui aussi fasciné par l’univers interlope et labyrinthique des passages. Adorno adressera dans les années 1930 à Kracauer et à Benjamin, qui travaille alors à son livre sur passages, un reproche en partie similaire, celui de dériver vers une anthropologie culturelle et de ne pas construire le matériau de façon dialectique.

Toutefois, en dépit des affinités entre Kracauer et Benjamin, la critique de Sens unique, reprise dans l’Ornement de la masse, témoigne aussi de la méfiance de Kracauer envers les pensées qui font l’économie d’une plongée dans la réalité empirique, et la considèrent d’emblée avec un retard destructeur. Kracauer fait clairement à Benjamin ce reproche à propos de Sens unique : « Il se détourne si bien de l’immédiateté qu’il ne se confronte même pas avec elle ».

Ce moment empirique, auquel tient Kracauer, même s’il n’ignore pas par ailleurs que la réalité est aussi une construction sociale, a été au centre d’un interminable débat entre Kracauer et Adorno. On ne peut entrer ici dans le détail de la relation entre les deux hommes. Signalons simplement que Kracauer a été en quelque sorte le mentor du jeune Adorno, et que leur relation est caractérisée par des tensions, dans lesquelles fac-teurs personnels et intellectuels sont intimement liés. Lorsque Adorno devient au cours des années 1930 l’homme de confiance de Max Horkheimer, les relations de Kracauer avec l’ « Institut de recherches sociales », qui n’avaient jamais été excellentes, devien-nent orageuses. Adorno est au centre d’un épisode particulièrement douloureux et pé-nible : après avoir suscité la commande auprès de Kracauer d’un travail sur la propagande dans l’Allemagne nazie, Adorno, estimant (avec Horkheimer) que ce long arti-cle n’a pas sa place dans la revue de l’Institut (la Zeitschrift für Sozialforschung), en-treprit de le réécrire intégralement sous une forme abrégée (le texte de Kracauer lui-même est aujourd’hui considéré comme perdu).

À plusieurs reprises, et notamment dans l’essai qu’il consacre en 1964 à Kracauer, intitulé l’ « étrange réaliste [20] », Adorno, qui est alors impliqué dans la « querelle du positivisme », sous-entendra, au nom de l’idée que le réel n’est pas encore advenu, que le réalisme de Kracauer le conduit à terme à l’acceptation de l’ordre des choses, et qu’il y a chez lui une sorte de tropisme conformiste, qui l’a conduit assez logiquement à tourner le dos dans ses écrits tardifs à toute théorie critique.

Il n’est pas possible ici de discuter en détail le texte d’Adorno, par ailleurs tout à fait passionnant, mais la meilleure réponse à ce portrait – qui est aussi un plaidoyer pro domo — est sans doute le livre sur les employés, qui montre clairement qu’un réalisme critique, qui s’attache aux phénomènes, est praticable. Si Kracauer y est un chiffonnier, qui collecte des matériaux, c’est un chiffonnier mélancolique, mécontent. Tout en traversant la réalité, il la montre sous un angle qui fait prendre conscience de l’exotisme du quotidien, et donc, la dévoile, travaille à son désenchantement. Kracauer adopte en quelque sorte la position de l’observateur participant, qui est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la réalité qu’il décrit. Ce même regard sociologique, qui joue sur les deux moments de l’empathie et de l’ironie est présent dans le roman Ginster [21] , qui reste à redécouvrir en France, et dans lequel Kracauer utilise – en une sorte d’autofiction – des matériaux de sa propre existence.

On peut considérer que quelque chose ce modèle cognitif reste présent dans la Théorie du film, dans la mesure où le cinéma y apparaît comme un moyen de connais-sance désenchantée de la réalité, une école du regard qui permet de saisir cette étrange-té du familier.

L’ambivalence de la modernité

Malgré le différend entre Adorno et Kracauer, il y a entre le travail de Kracauer et certains aspects de la « théorie critique » d’évidentes similitudes. En proposant une lecture philosophique des formes culturelles massifiées, Kracauer anticipe à bien des égards sur la Dialectique de la raison d’Adorno et Horkheimer.

Pour Kracauer – comme plus tard pour Adorno- ces formes culturelles témoignent effet d’une ambivalence fondamentale de la modernité elle-même. L’ornement de la masse, c’est-à-dire la façon dont le corps est ornementalisé dans certains spectacles (par exemple ceux des Tiller girls), est ambigu. Si les figures géométriques témoignent d’une volonté d’organisation et d’un progrès de la rationalisation, il s’agit d’une rationalisation inachevée, qui aliène les individus, en en faisant les éléments d’un ornement, dans lequel on peut également voir un retour du mythe, la résurgence d’une nature obscure. À cette raison incomplète, dont le capitalisme des années 1920 est le produit, Kracauer donne le nom de « ratio ».

Le regard critique de toute cette génération d’intellectuels sur le coût de la modernité avait été aiguisé par la Kulturkritik, cette critique de la civilisation moderne qui marque en profondeur la sociologie et la philosophie allemandes depuis les années 1890, une Kulturkritik qu’ils dépassent et enrichissent par d’autres apports (en particu-lier le marxisme). Kracauer est un des premiers à réaliser cette synthèse, en réintrodui-sant dans la philosophie de la culture comme on l’a dit une perspective émancipatrice, affirmée à la fin de l’« Ornement de la masse » : « Le processus conduit à traverser carrément l’ornement de la masse, non à faire retour en arrière. Il ne peut avancer que si la pensée limite la nature et construit l’humain tel qu’il est en vertu de la raison. Alors la société se transformera. Alors aussi l’ornement de la masse disparaîtra, et la vie humaine elle-même prendra les traits de cet ornement où elle s’exprime avec nette-té, dans les contes, face à la vérité ».

À la différence de la Dialectique de la raison, conçue au coeur de la Seconde Guerre mondiale, sous l’impact des « thèses sur l’histoire » de Benjamin, « l’ornement de la masse », article rédigé pendant la phase dite de « stabilisation relative » de la République de Weimar, n’adopte pas une perspective catastrophiste. La culture ne s’est pas encore retournée pour Kracauer en barbarie. La culture de masse est un phénomène fondamentalement ambivalent, et c’est peut-être cette ambivalence qui fait aujourd’hui encore l’intérêt des feuilletons de Kracauer.

Kracauer rompait en effet clairement avec la tradition des « bourgeois de culture » [Bildungsbürger], qui voyaient dans la culture massifiée une décadence, discours de rejet qui n’était d’ailleurs pas forcément réactionnaire, mais qui, sous la forme de la dénonciation du « bolchevisme culturel », eut, à la fin de la République de Weimar, une grande virulence politique. Kracauer prend clairement parti dans ses feuilletons pour l’urbanité moderne, comme en témoignent ses textes sur la ville, qui montrent sa fascination pour le mode de vie nomade qui s’épanouit dans la métropole, pour les « oasis de l’improvisation » qu’elle recèle (les ports, les gares, les lieux de passage). Kracauer considère que les nouveaux médias sont porteurs d’un nouveau rapport au monde, d’une révolution culturelle qu’on ne peut pas ignorer. Ils sont même porteurs à certains égards d’une promesse d’émancipation. Il faut en quelque sorte aller au bout du désenchantement, comme le fait – selon Kracauer – la photographie. Elle nous montre en effet un monde dissocié, sans mémoire, « non délivré », mais ce n’est qu’au terme de ce désenchantement qu’une recomposition (peut-être préfigurée par le cinéma) est envisageable. C’est aussi le sens de l’article « Culte de la distraction » : les nouvelles formes culturelles ont le mérite de la sincérité, et elles vont dans le sens de la vérité, car ce qui menace la vérité, c’est « l’affirmation naïve de valeurs culturelles devenues irréelles », l’ « abus inconsidéré de concepts comme personnalité, intériorité, tragique, etc., qui, en soi, désignent certainement d’éminents contenus, mais qui, à la suite des transformations sociales, ont perdu dans une large mesure le fondement qui les portait ». Kracauer ne verse pas pour autant dans un discours moderniste platement affirmatif, qu’il soit libéral ou révolutionnaire. Il est évidemment sans illusions sur l’instrumentalisation possible de ces médias, comme en témoignent ses articles sur les succès cinématographiques et les best-sellers. En adoptant le point de vue d’une criti-que de l’idéologie, Kracauer montre qu’ils constituent autant d’ « expériences sociolo-giques réussies », entretenant les illusions du public et l’empêchant de percevoir la réalité sociale (voir les articles « Les livres à succès et leur public », « La biographie –forme d’art de la nouvelle bourgeoisie », ou « Film 1928 »).

Mais ces mêmes médias peuvent aussi être au moins potentiellement l’instrument privilégié d’une connaissance lucide de cette même réalité et ouvrent de nouvelles perspectives. Dans la mesure où la démarche de Kracauer consiste à réfléchir de façon productive sur les mutations culturelles et sociologiques qui marquent les années 1920 en Allemagne, elle a un rapport à ce qu’on appelle la « nouvelle objectivité », un courant au contours mal définis mais qui est une réaction – dans tous les champs de la culture — à la décennie expressionniste, et qui se caractérise par une volonté d’adaptation aux nouveaux cadres de la perception, aux nouvelles formes de produc-tion. Kracauer fait cependant partie de ceux qui veulent, à l’intérieur de cette nébuleuse, sauver une perspective critique et utopique et qui s’inquiètent de la barbarie potentielle que recèle le fonctionnalisme, en particulier quand il s’allie au mythe (un danger sur lequel Ernst Cassirer attirera également l’attention).

De ce point de vue, Kracauer a lucidement perçu ce qui se tramait dans l’Allemagne de l’époque. On ne peut être que frappé par le caractère presque prophétique de ses analyses : quelques années plus tard, les grands rassemblements de foule nazis, tels que Leni Riefenstahl les mettra en scène dans son Triomphe de la volonté, confirmeront le diagnostic de Kracauer, quant au menaces de régression dont l’ornement de la masse est porteur. Juste avant de quitter l’Allemagne, début mars 1933, Kracauer verra encore le Reichstag incendié. Il rédigea à cette occasion un de ses derniers articles à paraître dans le Frankfurter Zeitung, qui, sous couvert de simple description recèle – entre les lignes — un commentaire politique acéré. Evoquant les élèves des écoles qui viennent voir cette « construction dévastée », Kracauer conclut sur ces mots : « Quand ils seront grands, l’histoire leur apprendra quel sens devait avoir en réalité l’incendie du Reichstag [22]. »

Ce serait cependant sans doute une erreur de lire ces textes — en une sorte de téléologie rétrospective- à la lumière de la catastrophe de 1933. Malgré une configuration politique sans doute différente, la modernité weimarienne est à bien des égards encore la notre. Joints à History, ou à la Théorie du film, dont on espère qu’elle sera bientôt disponible pour le lecteur français, les textes de l’Ornement de la masse constituent des classiques de la réflexion sur la nouvelle ère ouverte par la généralisation des médias de masse. Nourrie d’une connaissance réelle de ces nouvelles formes culturelles (en particulier du cinéma), la synthèse de sociologie, de philosophie, et d’histoire de l’art (appliquée aux formes contemporaines) qu’ils proposent reste aujourd’hui stimulante.

Olivier AGARD, Le chiffonnier mélancolique, CNRS éditions, Paris, 2008.

Philippe DESPOIX, Éthiques du désenchantement : Essais sur la modernité allemande au début du siècle (préface de Jacques Le Rider), L’Harmattan, Paris, 1995.

Philippe DESPOIX, Nia PERIVOLAROPOULOU (sous la dir.), Culture de masse et modernité : Siegfried Kracauer sociologue, critique, écrivain, MSH (collection philia), Paris, 2001.

Philippe DESPOIX, Peter SCHÖTTLER (sous la dir. ; avec la collaboration de Nia PE-RIVOLAROPOULOU), Siegfried Kracauer : Penseur de l’histoire, MSH (Philia), Paris, 2006.

Siegfried KRACAUER, De Caligari à Hitler, L’Âge d’homme, Lausanne, 1973 [édi-tion de poche : Flammarion, Paris, 1987]. Traduit de l’anglais par Claude B. Levenson.

Siegfried KRACAUER, Les Employés : Aperçus de l’Allemagne, MSH (Philia), Paris, 2004 (première édition française : Paris, Avinus, 2000) ; trad. de l’allemand par Claude Orsoni ; éd. et présenté par Nia Perivolaropoulou.

Siegfried KRACAUER, Genêt, Gallimard, Paris, 1933, traduit de l’allemand par Clara Malraux.

Siegfried KRACAUER, L’Histoire : Des avant-dernières choses, Stock, Paris, 2006 ; traduit de l’anglais par Claude Orsoni ; édité par Nia Perivolaropoulou et Philippe Despoix ; présentation de Jacques Revel.

Siegfried, KRACAUER, Jacques Offenbach ou Le secret du Second Empire, Le Promeneur, Paris, 1994, (première édition Grasset, Paris, 1937) ; trad. de l’allemand par Lucienne Astruc.

Siegfried KRACAUER, Le Roman policier : Un traité philosophique, Payot, Paris, 1981 ; trad. de l’allemand par Geneviève et Rainer Rochlitz ; avant-propos de Rainer Rochlitz.

Siegfried KRACAUER, Rues de Berlin et d’ailleurs, Le Promeneur, Paris, 1995 ; trad. de l’allemand par Jean-François Boutout.

Siegfried KRACAUER, Le Voyage et la danse : Figures de ville et vues de films, Presses universitaires de Vincennes, Saint-Denis, 1996 ; textes choisis et présentés par Philippe Despoix ; trad. de l’allemand par Sabine Cornille.

Claudia KREBS, Siegfried Kracauer et la France, Paris, Suger, 1998.

Enzo TRAVERSO, Siegfried Kracauer : Itinéraire d’un intellectuel nomade, La Découverte, Paris, 1994 (2ème édition, 2006).

© Olivier Agard _ 4 avril 2010

 

[1] S. KRACAUER, Les Employés, MSH (philia), Paris, 2004

[2] S. KRACAUER, Jacques Offenbach ou le secret du Second Empire, Grasset, Paris, 1937 (réédité chez Le Promeneur en en 1994).

[3] S. KRACAUER, De Caligari à Hitler : Une histoire psychologique du cinéma allemand, L’Âge d’homme, Lausanne, 1973 (initialement paru en 1947).

[4] S. KRACAUER, Theory of film : the redemption of physical reality, Oxford University Press, New York, 1960.

[5] S. KRACAUER, L’Histoire : Des avant-dernières choses, Stock, Paris, 2006.

[6] Ce roman, que Kracauer ne put publier de son vivant est repris in : Werke 7 : Romane und Erzählungen, Suhrkamp, Frankfurt/Main, 2004.

[7] S. KRACAUER, Die Angestellten : Eine Schrift vom Ende der Weimarer Republik [préface de E. C. Hugues, introduction de Erich Peter Neumann], Verlag für Demoskopie, Allensbach [u.a.], 1959.

[8] Siegfried KRACAUER, Strassen in Berlin und anderswo, Suhrkamp, Frankfurt/Main, 1964 ; Rues de Berlin et d’ailleurs, Le Promeneur, Paris, 1995.

[9] S. KRACAUER, Werke 9.1 et 9.2 : Frühe Schriften aus dem Nachlass, Suhrkamp, Frankfurt/Main, 2004.

[10] M. SCHELER, Le Formalisme en éthique et l’éthique matériale des valeurs : Essai nouveau pour fonder un personnalisme éthique, Gallimard, Paris, 1955.

[11] S. KRACAUER, Georg Simmel, Werke 9.2, op. cit., p. 242.

[12] T. W. ADORNO, Le Jargon de l’authenticité, Payot, Paris, 1989, p. 41 (la lettre de Kracauer à Adorno du 25 octobre 1963 et la réponse d’Adorno, datée du 28 octobre confirment qu’il s’agit bien de Kracauer).

[13] Lettre de Kracauer à Löwenthal du 2 novembre 1924, in In steter Freundschaft Briefwechsel (édité par. P.-E. Jansen et Ch. Schmidt), Zu Klampen Verlag, 2003, p. 65

[14] Repris in Werke 1 (Soziologie als Wissenschaft / Der Detektiv-Roman / Die Angestellten), Suhrkamp, Frankfurt/Main, 2006.

[15] Inka MÜLDER-BACH, « Réflexions sur la phénoménologie de la surface de Siegfried Kracauer », in J. FÜRNKÄS, G. RAULET (sous la dir.), Weimar : le Tournant esthétique, Anthropos, Paris, 1989, p. 273-286.

[16] S. KRACAUER, Le Roman policier, Payot, Paris, 1981.

[17] C. GINZBURG, Mythes, Emblèmes, Traces, Flammarion, Paris, 1989.

[18] W. BENJAMIN, « Un outsider attire l’attention. Sur Les Employésde Siegfried Kracauer », in Les Employés, op. cit., p. 144.

[19] Cité par D. RIEGER, Diogenes als Lumpensammler : Materialien zu einer Gestalt der französi-schen Literatur des 19. Jahrhunderts, Wilhelm Fink Verlag, Munich, 1982, p. 10.

[20] T. W. ADORNO, « L’étrange réaliste. Siegfried Kracauer », Notes sur la littérature, Flammarion, Paris, 1984, p. 263-283.

[21] Paru en 1928 chez Fischer à Berlin (traduction française : Genêt, Gallimard, Paris, 1933).

[22] Siegfried KRACAUER, « Tout autour du Reichstag », Le Voyage et la danse, Paris, PUV, 1996, p. 148-149 [FZ, 2 mars 1933].

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